Interviews

ITW : Mickaelle Michel

12/06/2020
© Yushi Machida https://www.instagram.com/yushi_machida/

 

Mickaelle Michel, première femme à avoir remporté la tant convoitée « Cravache d’Or »

La jockey française s’est illustrée au Japon, comme une vraie compétitrice, une vraie gagnante.

Nous avons rencontré une jeune femme authentique et ambitieuse…

Capture d’écran 2020-06-12 à 11.11.05
© Mickaelle Michel https://www.instagram.com/mickaelle_michel_officiel/

Comment êtes-vous devenue jockey ? 

J’ai commencé l’équitation à 9 ans, en équitation classique. Puis au collège, à l’âge de mes 14ans j’ai du choisir une orientation. Je savais que je voulais travailler dans les chevaux, mais j’ai commencé à regarder sur Internet ce qui me plaisait, car je ne voulais pas être prof d’équitation, mais vraiment voir un peu ce qui se faisait car il y a beaucoup de métiers dans les chevaux. Je suis tombée sur l’école des jockeys qui est juste à côté de chez ma maman, à Marseille. Je suis allée faire un test, quand même pour voir si ça me plaisait, et ça a été le coup de foudre…

Quand j’ai commencé j’avais mon galop 5, je faisais mes petits concours de CSO, le dimanche. Depuis que je suis toute petite j’aime les chevaux et je sais que je veux travailler avec eux, après j’avais pas une idée précise de ce que je voulais faire donc j’ai regardé sur Internet ce qui se faisait quoi ! 

Pourquoi être partie au Japon ? 

Oh la… C’est une opportunité qui s’est offerte à moi, c’est pas que je veux pas rester en France, pas du tout. C’est juste que, en fait, depuis que j’ai commencé à monter en course, j’ai fais beaucoup d’international, j’ai été appelé pour faire beaucoup de championnats dans pleins de pays différents dont le Japon l’année dernière. En fait, j’ai gagné une course et j’ai fini 3ème sur le podium, et c’était la première fois qu’une femme finissait sur le podium, dans ce championnat. Du coup, ça a vraiment marqué les esprits là-bas, et donc il m’ont proposé de revenir cette année, en début d’année, de refaire 3 mois. Ça a été un peu un coup de foudre mutuel et ça m’a permis de valider mon idée de partir vivre au Japon. 

© Yushi Machida https://www.instagram.com/yushi_machida/
© Yushi Machida https://www.instagram.com/yushi_machida/

Quelles différences il y a-t-il entre les courses en France et au Japon ? 

Hum, déjà au Japon ils ont su garder cette passion pour les chevaux et pour les courses, et ils ont un public qui est juste dingue. Tous les jours les hippodromes sont pleins à craquer ! Lors des grosses courses ils arrivent à rassembler entre 100 000 et 150 000 personnes en une journée. Chose, que nous maintenant on perd un petit peu. Chez nous, avant on avait la passion du cheval et c’était normal, maintenant on perd un petit peu ce côté cheval, et eux là-bas ils l’ont. Puis, les courses après tactiquement c’est vraiment différent. Ils vont vraiment très vite là-bas, tout le temps ! C’est plus des courses de sprint que chez nous. 

© Yushi Machida https://www.instagram.com/yushi_machida/

Pourriez-vous nous donner une journée type ? 

Alors, je me lève à 5h le matin. J’entraine les chevaux, je commence à 6h le matin et souvent je travaille pour plusieurs entraineurs. Je vais galoper, en fait, je monte sur le cheval juste pour faire un galop rapide pour l’entrainer à la compétition. C’est à dire que tous les jours il y a un personnel qui est payé pour entretenir et entrainer le cheval quotidiennement. Mais moi, je le monte vraiment la semaine avant sa course, pour tester le cheval, savoir si il est bien et aider l’entraineur à diriger sur telle ou telle course, à faire des choix peut-être, sur quelle distance le courir… C’est pas pour moi pour connaitre le cheval, je monte vraiment dessus pour faire un travail final, voir si le cheval est en bonne forme et savoir si il est prêt à gagner ! C’est vraiment ça. C’est vraiment faire les derniers petits réglages. Donc, je fais ça le matin, ça dure à peu près de 6h à 9h30, et j’en monte entre 4 à 8 chevaux par matin. Donc, oui c’est assez intensif. 

Après je rentre chez moi, je prends ma douche, je prends un bon petit déjeuner, très important ! Parce que je peux pas remanger jusque au soir. Donc un bon petit déj’ et après je pars aux courses. Donc ça dépend où c’est, soit je prends ma voiture, soit je prends le train, soit je prends l’avion. Et je pars sur l’hippodrome monter mes courses ! Je rentre pas souvent chez moi de bonne heure… ! Dès fois on arrive même à faire 2 hippodromes le même jour, c’est assez intensif. 

Comment vous êtes vous imposée, en tant que femme, dans le monde des courses ? 

Hum, est ce que ça a été facile ? Absolument pas. Même encore au jour d’aujourd’hui, je paye le fait que je sois une femme et pas un homme. Ça arrive encore quotidiennement, malheureusement. 

J’ai des exemples, euh, quand je dois monter un cheval est qu’on me dit, c’est une fille « C’est pas un cheval pour les filles ». Ça, je comprends pas le fait qu’un cheval peut être monter seulement par un homme, je vois pas ce qu’on sait faire de moins bien qu’un homme. Donc ça, ça arrive assez souvent. Et puis, voilà quotidiennement, les femmes montent moins en course en général que les hommes. Même les moins bonnes courses, elles font toujours les petites courses avec les chevaux un peu moins bons. Quand il y a des grandes courses, c’est très rare de voir une femme. Je parle pas que pour moi, c’est une généralité des femmes dans ce milieu. On est bien, mais jusqu’à un certain niveau, après on peut y arriver, parce que j’en ai quand même monté, de très belles courses, mais c’est difficile. Elles sont rares, on les compte sur les doigts d’une main. 

C’est même pas compliqué, le mot est petit. C’est casi-.. euh, je sais pas si un jour ce sera faisable en France. À l’étranger ça l’est déjà plus, les femmes elles ont déjà monté beaucoup plus au haut-niveau, et gagné des grandes courses internationales. Ça s’est vraiment ouvert dans les esprits, les mentalités.. En France, c’est vraiment très compliqué, je sais pas si un jour, on y arrivera. J’espère, je travaille pour mais… c’est vraiment vraiment compliqué. 

© Yushi Machida https://www.instagram.com/yushi_machida/

Que diriez-vous aux jeunes femmes voulant devenir jockey ? 

Euh, déjà j’espère pour elle qu’elle est vraiment passionnée et qu’elle est… Il faut être très dure mentalement. C’est beaucoup de critiques tous les jours et c’est des reproches tous les jours d’être une femme. Donc, il faut être sûre de soi dans sa tête et il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds. Il faut être solide, mais après si la passion est là et que la jeune fille lâche rien… Moi j’aime bien ce métier parce que rien est impossible et c’est un métier de rêve. 

C’est un métier qui fait rêver car tout est possible, tout le monde peut gagner une bonne course, tous les chevaux peuvent peut être un jour gagner une bonne course ! C’est vraiment un métier qui fait rêver. Les miracles arrivent toujours dans ce métier, je ne sais pas pourquoi, il se passe toujours des choses exceptionnelles où vous avez un mauvais cheval qui gagne une super bonne course. Il faut être super motivé et tout déchirer ! 

Avez-vous déjà fait une chute grave ? 

Oui, il y a tout juste 1 an. Je montais un cheval qui courait sa première course, en fait. Que j’avais monté pas mal de fois, le matin à l’entrainement. Donc je le connaissais bien, c’était un gentil cheval, sauf qu’il a eu peur d’un autre cheval. Et, en fait, c’est un peu difficile à expliquer, mais la finalité des choses et que je me suis retrouvée inconsciente, par terre pendant 45 minutes, et que j’avais une double fracture au niveau du visage, et j’ai du me faire opérer. 

C’est un métier qui est dur pour ça, car on sait qu’il peut il y avoir des accidents mais dès qu’on monte à cheval il peut il y avoir des accidents, il y en a en CSO, enfin il y en a partout, il y en a dans le cross aussi… C’est un métier à risques, après je pense vraiment, précisément pour les courses, ce qui est le plus dur c’est même pas ça, c’est le régime. 

On peut même pas d’imaginer… Alors moi, j’ai beaucoup de chance parce que je suis très légère naturellement, je suis une petite crevette ! Donc je fais pas régime, je fais attention à ce que je mange, mais je fais pas régime. Mais vous allez dans le vestiaire des jockeys, je dirais à 99% tous jockeys se pèsent au moins 3 fois par jour. Ils sont tous au régime, plus ou moins durs pour certains d’entre eux. Mais il en a qui font des régimes drastiques, ouais. C’est vraiment violent. C’est à rendre fou ! Vraiment les gens, vous vous levez le matin vous vous pesez, vous rentrez de l’entrainement, vous vous pesez, vous arrivez aux courses vous vous pesez, le soir avant de vous coucher vous vous pesez ! C’est compliqué, et puis on psychote… Vous prenez 100 grammes vous psychotez…! Puisque les 100 grammes sur la balance jouent énormément… Alors si vous êtes petits, vous faites des petits régimes, mais si vous êtes grands, vous êtes en dessous de 6 à 8 kilos de votre poids naturel ! Mais vous devez être en forme pour monter votre cheval, parce que votre cheval il fait 500kg et si il décide d’aller au droite, il va à droite. Alors, vous avez pas le droit d’être fatigués! Je veux dire, si vous êtes à la lutte pour gagner une course, vous pouvez pas descendre de cheval et dire à votre entraineur « Désolé j’étais fatigué, j’ai pas mangé hier soir  » ! C’est ça qui est le plus dur pour moi. 

Après les chutes, c’est vrai que c’est dur et il y en a qui en font de super graves, mais moi je touche du bois… J’ai eu des accidents mais ça m’a pas empêché de pouvoir remonter à cheval derrière, il y en a oui. Mais quotidiennement, je pense le plus gros problème pour les jockeys c’est d’être au régime et en forme tous les jours quoi. 

© db.pin https://www.instagram.com/db.pin/

Comment rester dans ce milieu si compliqué ? 

C’est la passion qui tient tout. J’ai vu des gens faire des choses sans nom, juste pour monter une course quoi. C’est dingue le sacrifice qu’il y a, tous les jours. Comme je disais tout à l’heure, on est partout sur les routes, tous les jours, il n’y a pas de week-end ou de jours fériés chez nous, ça existe pas. Il y a des courses vraiment partout, on fait le tour de la France et le tour du monde pour certains, sans manger et sans savoir si vous allez gagner une course à la fin de la journée ! C’est vraiment dur. En plus, vous avez pas un salaire qui est fixe à la fin du mois, vous êtes même pas sûr de payer vos factures à la fin du mois ! Si le cheval a pas envie d’avancer, bah c’est compliqué… ! C’est vraiment dur, pour tout, mais c’est la passion qui tient les choses. 

Il y a une autre chose aussi qui tient tout ça, c’est la sensation quand on gagne une course. Vous pouvez en gagner 3000, vous serez toujours content, vous aurez toujours cette adrénaline quand vous descendez de cheval et que vous avez gagné une course. Que ce soit un mauvais cheval ou un très bon cheval.  C’est indescriptible, ce qu’on ressent lorsqu’on passe le poteau d’arrivée en tête. 

Il y a-t-il des chevaux qui ont marqué votre carrière ? 

Oh, il y en a pleins ! D’ailleurs je pense qu’ils marquent tous autant ma carrière, puisque chaque victoire est importante. Après il y a forcément des chouchous, dont on se rappellera toujours ! Comme la première victoire, la première victoire au Japon, un cheval avec qui vous avez gagné 3/4 courses la même année, enfin… Ou le premier cheval avec qui vous avez monté votre première bonne course… Moi, personnellement je n’ai pas un cheval en particulier qui m’a marqué, il y en a pleins. Mais il y a même des chevaux avec qui j’ai pas gagné qui m’ont marqué ! Justement parce que j’ai pas gagné avec… ! Quand on monte un cheval 5 fois d’affilés et qu’on fait 5 fois 2ème, il n’y a rien de plus rageant ! 

 

Retrouvez une des victoires de Mickaelle Michel, en cliquant sur l’image à gauche ! 

© Vidéo Youtube de la chaine masaTV

Quelles différences il y a-t-il entre une selle de course et une selle « classique » ? 

Alors, déjà le poids. Pour vous donner une idée, la selle la plus légère qui a été fabriquée ces derniers temps, donc je parle la selle avec les étriers et les étrivières, vraiment complète, sans les sangles. Vraiment la selle, elle doit faire 350 grammes ! C’est à dire que, même votre cahier est plus lourd quoi ! C’est le poids d’une plume. Donc celle-ci c’est pour les jockeys qui ont plutôt lourds, qui doivent faire des régimes, ou alors quand on monte vraiment à très petit poids, moi ça m’est arrivé une fois je devais monter à 47kg, donc j’ai du utiliser cette selle. Après, on a pleins de selles différentes, mais par rapport au poids, pas par rapport à la morphologie du cavalier ou du cheval comme en classique. C’est souvent des étriers en carbone et c’est très simple par rapport à une selle classique, il n’y a pas de siège à l’arrière, c’est pas rembourré, puisqu’on a jamais nos fesses sur la selle. C’est juste histoire d’avoir deux étriers pour pouvoir tenir sur le cheval ! C’est que du cuir aussi et l’arçon en carbone pour la légereté. C’est la même chose, mais en plus léger et plus plat sur le dos. 

Quels sont vos indispensables à l’entrainement et en course ? 

Donc déjà, à l’entrainement je n’ai pas besoin de ma selle, l’entraineur quand il m’amène le cheval il est déjà tout préparé tout beau! J’ai juste besoin vraiment pour le matin de mon casque, mon gilet et un bâton. Enfin, une cravache, nous on appelle ça des bâtons. Voilà et j’ai des bottes qui sont normales. Enfin c’est pas comme des bottes de classiques, c’est encore différent ! C’est très slim, ça s’arrête à mi-mollet et c’est très fin, comme une chaussette en fait. On a pas le droit d’avoir de talons au niveau du pied, pour pas que le pied reste accroché dans l’étrier. On a besoin de chaussures très fines, avec quasiment pas de semelles, ça c’est vraiment mon équipement du matin (à l’entrainement). 

Après, l’après-midi (en course), pareil casque, gilet, bâton. Là, par contre on a vraiment des réformes sur quel casque, quel gilet et quel bâton on a le droit d’utiliser ou pas. Et puis, après j’ai toute ma valise qui est énorme, j’ai des sangles différentes pour la taille du cheval, et j’ai toutes mes selles avec les poids différents. Puis, mes pantalons aussi, on a vraiment un « uniforme » différent de quelqu’un qui est en classique. Et puis, si l’après-midi je monte 5 chevaux, par exemple, mais que c’est 5 propriétaires différents la casaque va changer 5 fois ! Donc la toque aussi ! Après, j’ai mon paquet de toques à moi, puisque des fois les toques, elles sont un peu trop grandes ou trop petites pour tel casque donc j’en ai toujours, moi, les miennes de rechange avec des couleurs unies, mais je les utilise très rarement. Donc oui, il faut changer de toque tous les jours ! Par contre, le matin on peut mettre ce qu’on veut donc c’est assez sympa ! Chacun se distingue avec sa tenue… ! 

✨300€ sur Preppy
✨ 160€ sur Preppy
✨12€ sur Preppy
✨Active les alertes sur Preppy
✨30€ sur Preppy

À quelle point votre saison sportive a-t-elle été chamboulée à cause du COVID-19 ? 

Grave…! Déjà, moi j’ai de la chance, car quand il y a eu le début du confinement en France, moi j’étais encore au Japon. Donc j’ai pu travailler jusqu’à la mi-avril. Par contre, après je devais partir aux États-Unis travailler, donc ça a été annulé… Donc je suis rentrée en France, j’ai passé mon petit dernier mois de confinement comme tous les Français! Bon, j’ai eu de la chance je pouvais quand même monter à cheval le matin pour l’entrainement. C’était déjà bien, mais du coup c’est vrai que moi, mon programme il était plutôt basé sur l’international cette année, et là bah on a tout reculé quoi ! J’ai vu avec mes partenaires, entraineurs, propriétaires, tout ça, pour décaler tout ça à l’année prochaine, et puis bon ils sont compréhensifs. De toute façon, les courses là-bas aussi ont été arrêtées … donc voilà. Puis, les courses en France ont pu reprendre le 11 mai, donc j’ai repris les courses, en fait, en France. D’ailleurs ma première course je l’ai gagné ! Donc c’est trop cool, c’est un bon retour. Mon été devait se passer à Miami, je le passe à Chantilly ! Il n’y a pas la plage, mais c’est pas mal aussi..! 

© Giuilia Filippini https://www.instagram.com/giuliafilippiniphoto/

Des projets à venir ? 

Je vais retourner au Japon, au mois d’octobre pour 3 mois, ça c’est une certitude. Je suis en train de préparer mon examen, qui est en Anglais et en Japonais pour essayer de partir vivre là-bas en fait. J’ai vraiment une belle opportunité là-bas donc : Futur proche : je repars au Japon pour 3 mois et futur, je ne sais quand puisqu’il faut avoir l’examen : m’installer au Japon. 

Merci encore à Mickaelle d’avoir pris de son temps pour répondre à nos question ❤️  Vous pouvez la retrouver sur ses différents réseaux sociaux en cliquant sur les icônes ci-dessous ✨

© Mickaelle Michel https://www.instagram.com/mickaelle_michel_officiel/

Vous pourrez également aimer